"Le refrain du "millefeuille territorial" est présent dans le discours politique depuis déjà longtemps. Cette ritournelle conforte le citoyen dans sa perception brouillonne du "qui fait quoi ?" sur son propre territoire. Avouons que même nous, élus locaux, nous sommes aussi parfois un peu perdus et qu'il faut faire évoluer les choses.L'histoire de la République française a oscillé entre un centralisme extrême et une décentralisation jamais parfaitement aboutie. Nous avons voulu bien faire au début des années 1980 mais nous ne sommes probablement pas allés au bout des choses. Était-il possible de faire mieux dans le contexte qui était celui des Mitterrand & Deferre ? Peu importe en fait. Reste qu'il faut aujourd'hui trouver les moyens de permettre aux territoires de continuer à vivre et à se développer le plus efficacement possible.
C'est dans ce contexte que Nicolas Sarkozy s'est posé en nouveau prophète d'une réforme de l'organisation territoriale destinée à punir les méchants élus territoriaux, ces élus dépensiers, qui recrutent toujours inconsidérément, qui se mêlent de toutes les compétences sans souci d'efficacité... Un bien triste tableau s'il était vrai, ce qui n'est bien sûr pas le cas.
Certes, je le disais, il faut réformer notre organisation territoriale. Parce que la société a évolué. Parce que l'économie s'est transformée. Parce que les priorités de nos collectivités ne sont plus les mêmes qu'il y a 25 ans.
Le binôme "communes/communautés" fonctionne bien et mérite d'être encore renforcé (moyens financiers, simplification des mutualisations, groupements d'achats…), tout en ne vidant pas de leur substance les communes, échelon de proximité pour le citoyen, surtout en zone rurale.
Il est aussi probablement nécessaire de faire un point sur la répartition des compétences entre le "bloc communal", les Conseils généraux et les Conseils régionaux. 25 ans après les lois "Deferre", il y a sûrement des améliorations à apporter, des regroupements à effectuer, de nouvelles répartitions à mettre en place.
Il faut aussi requestionner la fiscalité locale, les ressources des différents échelons territoriaux, le lien entre ces collectivités et l'activité locale (qu'elle soit économique ou foncière)... C'est sûrement d'ailleurs ce point-là le plus important car il détermine grandement les capacités futures de chacune des collectivités.
Nicolas Sarkozy ne s'y est pas trompé en imposant une réforme de la fiscalité locale sournoise. Le projet de loi, actuellement en réflexion, aboutira en effet, s'il reste tel quel, à un retour de la mainmise de l'État sur les territoires : impôts locaux remplacés par des dotations d'État, suppression des liens fiscaux entre les collectivités et leur territoire...
N'est-ce pas en fait celui-là le premier sujet à débattre ?"

